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Ce livre grand public, mais sans être trop vulgarisé, est une traduction de The Great Lakes : the natural history of a changing region, publié par Douglas & McIntyre de Vancouver aussi en 2007. C'est l'oeuvre d'un rédacteur scientifique ontarien qui veut nous faire partager sa passion des Grands Lacs près desquels il vit et près desquels sa famille a vécu depuis plusieurs générations. À titre d'anecdote, il mentionne, qu'à l'école, on leur faisait retenir le nom de ces lacs avec l'acronyme HOMES : Huron, Ontario, Michigan, Érié et Supérieur.
Ce livre est très bien édité avec un texte aéré en gros caractères et de nombreuses illustrations presque toutes en couleurs. Le plan du livre en huit chapitres est judicieux et nous porte de la préhistoire de cette région à son avenir. Le livre comprend neuf chapitres.
Le premier chapitre porte sur la localisation, une description générale du bassin versant et l'histoire de son exploration de la région. Cette mer d'eau douce possède un bassin de 540 000 km2 et les lacs ont une superficie de 244 160 km2, un périmètre de rives de 17 000 km ainsi qu'une profondeur maximale de 406 m (lac Supérieur). Le deuxième chapitre porte sur les formations géologiques ainsi que l'évolution du paysage naturel à cause des glaciations et depuis la dernière glaciation.
Les trois chapitres suivants portent sur les trois régions forestières qu'on y trouve, la forêt boréale, la forêt laurentienne et la forêt carolinienne, avec leur flore et leur faune. La forêt boréale est une forêt coniférienne (taïga) parsemée de tourbières et de lacs avec de vastes étendues de lichens (mousse à caribou). Elle est dominée par les épinettes noire et blanche, les pins gris, rouge et blanc, le sapin baumier, le mélèze et, par endroits, par le peuplier baumier et bouleau à papier. La forêt laurentienne est la plus étendue. C'est une forêt mixte ou feuillue dominée par les érables, le hêtre à grandes feuilles, le bouleau jaune (merisier), le tilleul d'Amérique, la pruche du Canada, le thuya occidental (cèdre) et le pin blanc. La forêt carolinienne est une forêt feuillue de faible étendue mais très diversifiée. Elle est dominée par l'érable à sucre, le hêtre à grandes feuilles, le tilleul d'Amérique, neuf espèces de chênes, le caryer et l'orme.
Le sixième chapitre porte sur trois milieux marginaux : les milieux humides, les alvars et les milieux urbains. Environ 70 % des deux millions d'hectares de milieux humides du début de la colonisation ont été drainés mais les milieux qui restent recèlent une flore et une faune, dont les amphibiens, très diversifiée. La région des Grands Lacs possède la plupart des alvars du monde. L'alvar est peu connu des géographes et on ne trouve ce terme que dans très peu de dictionnaires. C'est une large plaine rocheuse et aride, dont le sol est mince et pauvre, qui constitue un écosystème particulier où pousse une végétation caractéristique (graminées, fleurs sauvages, mousses, lichens).
Les deux chapitres suivants portent sur le milieu aquatique. Près du cinquième de l'eau douce de la planète passe par les Grands Lacs, soit deux millions de kilomètres cubes. Les lacs sont si vastes qu'il y a même de petites marées, qui peuvent atteindre 4,3 cm dans le lac Michigan. L'humanisation du territoire a drastiquement changé la donne sur la qualité de l'eau. En effet, le réchauffement de l'eau à cause du déboisement ainsi que les rejets d'eau chaude et de divers produits industriels, agricoles ou domestiques ont provoqué une prolifération des algues et une eutrophisation accélérée. Il en a résulté, entre autres, la disparition de la moitié des espèces de poissons qu'on trouvait, espèces d'eau froide ou fraîche, tel le saumon atlantique dans le lac Ontario. De plus, la surpêche a aussi presque fait disparaître l'esturgeon jaune qu'on y retrouvait jadis en quantités industrielle. Aussi, l'ouverture de canaux pour la navigation a permis à des espèces exogènes d'envahir les lacs de sorte qu'on se retrouve actuellement avec 162 espèces de poissons. Certaines espèces sont indésirables, comme la lamproie qui détruit les stocks de grands poissons, la carpe qui détruit les frayères d'autres espèces et la moule zébrée qui bouche tous les conduits d'eau et envahit les structures riveraines depuis 1985.
Le dernier chapitre est une conclusion sur une vision de ce à quoi on pourrait s'attendre de l'évolution des Grands Lacs dans un siècle si tous les problèmes de pollution, d'invasion d'espèces exogènes, de détournement d'eau et de réchauffement climatique étaient corrigés ou atténués.
Par Jean-Marie M. Dubois, Université de Sherbrooke.
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